La France Va t-elle Encore Rater le Coche ?

Le 02/02/2021

La biotech nantaise Xenothera a démontré l’efficacité de son anticorps polyclonal pour empêcher les cas graves du Covid-19. Mais son développement a été un chemin de croix et l’Etat n’a toujours pas annoncé de précommandes.

Elle a lancé Xenothera en 2014, à Nantes. Sept ans plus tard, Odile Duvaux attend avec impatience la mise sur le marché du candidat médicament Xav-19. Le deuxième produit phare de la start-up est à l’essai. Pour la présidente, aucun doute, « il va marcher ! »

« J’avais, c’est vrai, le background à la fois scientifique et entrepreneurial, pour me lancer. Mais les affaires, je les mets au service de mon projet », souligne Odile Duvaux, l’énergique présidente
« J’avais, c’est vrai, le background à la fois scientifique et entrepreneurial, pour me lancer. Mais les affaires, je les mets au service de mon projet », souligne Odile Duvaux, l’énergique présidente de la start-up nantaise Xenothera. (Photo François Destoc/Le Télégramme)

Xenothera est en train de se distinguer pour la technologie innovante de ses médicaments, conçus à partir de sérum de porc. Pourquoi Nantes est une plateforme stratégique ?

Nous nous sommes lancés il y a sept ans pour faire de nouveaux médicaments, sur la base d’une technologie innovante, par anticorps glycohumanisés. Il se trouve que le CHU de Nantes a développé depuis trente ans un grand savoir-faire en matière de transplantation rénale et d’immunologie. Il y avait l’Atlanpole et un écosystème favorable à notre rencontre. D’un côté, les médecins cherchaient depuis des années comment faire face au manque d’organes pour la transplantation. De l’autre, nous avons découvert que les anticorps animaux modifiés pouvaient empêcher le rejet de greffe de rein. En l’occurrence des anticorps issus de sérum de porcs.

« Il s’agit d’anticorps dirigés contre le virus », explique Odile Duvaux, présidente de l’entreprise. Il en existe deux types: monoclonaux et polyclonaux. Les premiers ont servi au traitement expérimental de Donald Trump, tandis que Xenothera a préféré développé les seconds.

« Les anticorps polyclonaux sont beaucoup plus efficaces contre les virus tandis que le monoclonal est très efficace, par exemple, contre le cancer » résume Odile Duvaux.

Surtout, les polyclonaux s’adaptent à tous les variants, Xenothera en a fait récemment la démonstration sur les variants anglais ou encore sud-africain.

Alors que les vaccins sont devenus l’Alpha et l’Omega de la lutte contre la maladie, les bons résultats apportés par la biotech sont venus rappeler l’intérêt des traitements, en particulier ces anticorps qui empêcheraient l’inflammation, ce fameux « orage cytokinique », qui peut être fatal.

Chemin de croix

Fin décembre, Xenothera a annoncé sa nouvelle phase d’étude, la dernière avant la commercialisation. La première phase a démontré la sécurité du traitement tandis que celle qui vient de débuter va valider statistiquement son efficacité face à un placebo. « 40 hôpitaux sont volontaires pour cette phase et nous lançons un essai sur 700 patients en Europe, pour une fabrication espérée au début de l’automne » explique Odile Duvaux.

Mais que le chemin fût compliqué pour en arriver là. « Nous avons fait connaître notre projet en mars dernier aux pouvoirs publics avec comme seule réponse des encouragements » se désole la patronne. Xenothera a donc lancé un appel aux dons pour obtenir 100.000 euros. Un engouement qui a fait boule de neige puisque la ville de Nantes et la région Pays de la Loire sont venues à la rescousse de la pépite. Une nouvelle levée de fonds auprès des investisseurs originels et enfin auprès de Bpifrance (via un plan d’aides publiques) permet de récolter 10 millions d’euros en juin dernier.

Mais au moment où les premiers essais allaient débuter, le gouvernement a imposé une suspension de toutes les autorisations cliniques en France, pour mieux clarifier la situation.

« On a perdu 4 mois » souffle aujourd’hui Odile Duvaux, critiquant un « mille-feuille administratif très lourd pour les essais cliniques » et une « complexité règlementaire effroyable » après s’être « battu dans le maquis de subventions ».

Reste que l’Etat français, qui a été le moteur sur les vaccins en Europe, n’a pas encore annoncé de précommandes, quand l’Allemagne a déboursé 400 millions d’euros fin janvier auprès de laboratoires américains. « On a été contacté par d’autres pays mais pour l’instant, on ne bouge pas » assure Odile Duvaux qui attend désormais un signe du gouvernement.

Le risque serait de se retrouver avec une situation similaire à celle de Valneva, une autre biotech française qui a fini par vendre son vaccin expérimental au Royaume-Uni. « C’est un échec mais surtout, ça me fait mal au cœur de voir cette petite pépite installée sur mon territoire, partir vers l’Angleterre », déplorait sur BFM Business Christelle Morançais, présidente Les Républicains du Conseil Régional des Pays de la Loire.

Comme Valneva, Xenothera sera t-elle aussi courtisée par d’autres nations ?

Je remarque une fois de plus le mutisme le plus complet de nos gouvernants lorsqu’il s’agit de prendre un pari sur l’avenir

FREDAL

Médecin et normalienne, Odile Duvaux s’engage dans la Recherche à 20 ans, passe sa thèse en Sciences à Lille et obtient son habilitation à diriger des recherches à 30 ans. Changement de cap avec le groupe Auchan, qui, séduit par son profil, lui confie une mission de contrôle de gestion et plus largement de conduite du changement sur l’organisation et les ressources humaines, puis de direction de la communication.
A 35 ans elle déménage à Paris avec sa famille, après la naissance de son  6ème enfant. Elle crée alors une activité de conseil en 1998, spécialisée dans l’accompagnement stratégique et la transformation pour des grands groupes internationaux.
En 2007, elle déménage à Nantes tout en gardant son activité parisienne. Fin 2013, elle rencontre Jean-François Balducchi, Délégué Général d’Atlanpole et Hedwige Schaepelynck, chargée de mission à Atlanpole. Ils lui présentent Jean-Paul Soulillou, médecin, professeur émérite, et créateur de l’institut de transplantation rénale au CHU de Nantes.
Alors qu’elle pensait ne pas créer d’entreprise, elle se lance dans l’aventure avec la création de Xenothera.

D’une énergie débordante, Odile Duvaux dit avoir de la chance. Elle est lucide sur ses forces et ses limites et sait s’entourer, ce qui lui donne une « liberté » car comme elle le dit « Pour entreprendre il faut être libre »

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