Faudra-t-il ou non une dose de rappel pour conserver l’efficacité vaccinale contre le Covid-19 ?

D’après le Docteur Jeffrey Morris

19 Août 2021

Faudra-t-il opter pour un oui restrictif, à destination spécifique des personnes immunodéprimées, comme les personnes souffrant d’insuffisance rénale, les personnes greffées sous immunosuppresseurs, ou d’autres catégories de malades ne répondant pas aux deux doses habituelles comme en Belgique

Ailleurs dans le monde, les choix diffèrent : Israël a déjà commencé des campagnes de rappel à destination de certaines parties de sa population, comme les personnes de plus de 50 ans. Les Etats-Unis vont plus loin et comptent offrir à leur population générale un rappel de vaccin à ARN messager dès l’automne. Cette décision est contestée par l’Organisation mondiale de la Santé, qui estime qu’elle manque de fondement scientifique et qu’elle détourne les doses de vaccins des pays pauvres qui en auraient besoin.

Des vaccins toujours efficaces contre la variante Delta préoccupante, selon une étude dirigée par Oxford de l’enquête sur les infections COVID-19

Les nouvelles données du variant Delta

Une nouvelle étude de l’Université d’Oxford réévalue l’efficacité des vaccins Pfizer-BioNTech et Oxford-AstraZeneca contre les nouvelles infections avec le variant Delta. Elle conclut que le vaccin de Pfizer est plus efficace pour lutter contre les infections liées au variant Delta du coronavirus que celui d’Oxford, mais que son efficacité décline plus rapidement. Elle montre aussi qu’une seule dose de vaccin Moderna (également à ARNm) a une efficacité similaire ou supérieure contre le variant Delta qu’une seule dose de Pfizer. Ceci pourrait s’expliquer par le fait que le vaccin Moderna contient d’avantage d’antigène du SARS-CoV-2 que celui de Pfizer (100 microgrammes contre 30).

Hospitalisés et vaccinés ?

En Israël, près de 60% des hospitalisés sont vaccinés. Est-ce à dire que le vaccin ne serait pas efficace et qu’il faudrait donc un rappel ? L’analyse de Jeffrey Morris, biostatisticien et directeur de la Division de biostatistique de l’Ecole de Médecine de l’Université de Pennsylvanie, des données publiées là-bas, montre le contraire.

En effet, les taux de vaccination sont déséquilibrés par âge : le taux de vaccination en Israël est de 90% pour les plus de 50 ans, mais de 73% en dessous. Le risque de maladie grave est également variable selon les âges : chez les non vaccinés, il est de 23,6 fois plus élevé chez les personnes plus âgées que chez les moins de 50 ans. Et chez les individus complètement vaccinés, ce risque de cas grave est 42,5 fois plus élevé chez les plus de 50 ans que chez les plus jeunes. Le tableau ci-dessous réalisé par Jeffrey Morris montre donc l’efficacité du vaccin Pfizer en Israël rapportée par tranche d’âge.

Comme le conclut le Dr Jeffrey Morris, « tant qu’il existe une grande disparité d’âge dans les taux de vaccination, les personnes âgées étant plus fortement vaccinées, le fait que les personnes âgées ont un risque intrinsèquement plus élevé d’hospitalisation lorsqu’elles sont infectées par un virus respiratoire signifie qu’il est toujours important de stratifier les résultats par âge ; sinon, l’efficacité globale sera biaisée vers le bas et une mauvaise représentation de l’efficacité du vaccin dans la prévention des maladies graves (il en va de même pour l’efficacité par rapport au décès). Plus fondamentalement encore, il est important d’utiliser les taux d’infection et de maladie (pour 100.000, par exemple) et non les dénombrements bruts pour comparer les groupes non vaccinés et vaccinés afin d’ajuster la proportion de vaccinés« .

Pas de données sur une 3e dose pour tous

Plusieurs experts en santé publique estiment que la décision américaine d’octroyer une 3e dose pour tous est politique et non scientifique. C’est le cas du Docteur Koen Vanormelingen, expert international en santé publique retraité de l’Unicef : « Il y a très peu de données actuellement« , dit-il, « sur l’efficacité d’une 3e dose. On sait que des études récentes montrent qu’une 3e dose dans une population vulnérable, immunosupprimée, transplantée etc., augmente l’efficacité marginale de près de 25%, donc, dans ces cas-là, oui, c’est justifié. Mais il n’y a pas de données qui montrent l’efficacité d’une 3e dose dans la population générale. »

Lobbying

En Suisse, Antoine Flahault, professeur de santé publique à la Faculté de médecine de l’Université de Genève où il est le directeur fondateur de l’Institute of Global Health, estime qu’il y a un lobbying malsain de sociétés pharmaceutiques pour pousser à la 3e dose : « Je trouve qu’il n’est pas acceptable que ce soient les fabricants qui s’emparent de cette question. Vous savez, par exemple, pour la grippe, tous les ans, on refait des vaccins pour les adapter, on propose des rappels, et on est bien d’accord que ce sont des experts mandatés par l’OMS, indépendants des laboratoires pharmaceutiques qui prennent cette décision. Si ça n’était pas le cas, on aurait une suspicion que les laboratoires puissent agir pour leur propre intérêt. Je ne dis pas qu’ils le font. Mais je dis qu’il n’est pas sain que ce soient des fabricants qui adressent ces questions. Il faut véritablement que ce soit des experts plutôt sous l’égide d’un organisme international comme l’Organisation mondiale de la Santé qui fassent des recommandations.« 

Le choix belge : raisonnable et évolutif

Dans l’état actuel des choses, le choix de la Belgique de limiter l’octroi d’une 3e dose aux patients immunodéprimés est donc sensé, même si le groupement des Néphrologues francophones de Belgique regrette la manière dont cette dose sera octroyée, à savoir dans les centres de vaccination. Ils s’estiment les plus à même d’identifier rapidement leurs patients et de leur administrer cette dose au plus vite, sans perte de temps.

La position de la task force vaccination sera certainement amenée à évoluer sur le public cible de cette 3e dose : en effet, les personnes âgées en maison de repos, dont l’immunité est également amoindrie, pourraient en bénéficier également, lorsque des études en attesteront de l’efficacité.

Le Dr Jeffrey Morris est professeur et directeur de la division de biostatistique à la Perelman School of Medicine de l’Université de Pennsylvanie.

Sa liste de réalisations et son expérience témoignent d’une longue et précieuse carrière dans ce qu’il est venu appeler la science des données biomédicales. Outre ses travaux plus récents dans le développement de méthodes quantitatives pour extraire des connaissances des mégadonnées biomédicales, il a également été impliqué dans des travaux appliqués approfondis dans la recherche sur le cancer, notamment la construction de nouveaux indices pronostiques pour le carcinome des hépatocytes. De plus, pendant la pandémie, Jeffrey a participé à un certain nombre de projets de recherche liés à COVID-19 impliquant la sérologie, l’immunologie et la modélisation de la pandémie. Cependant, cette conférence était centrée sur l’utilisation de ses compétences et de ses perspectives en sciences des données statistiques pour évaluer et synthétiser les informations accumulées pendant la pandémie.covid-datascience.com ), dans lequel il tente de communiquer clairement au grand public des connaissances objectives et empiriques sur la pandémie.

« Dans une large mesure, la pandémie de SRAS-CoV a forcé les médecins et les décideurs à « voler à l’aveugle », en essayant de lutter contre un virus et une maladie dont ils ne savaient pratiquement rien. En conséquence, le tri des informations en temps réel a été intimidant, seulement exacerbé aux États-Unis par une société idéologiquement divisée qui a des difficultés à se faire confiance, voire à se mettre d’accord sur des faits communs.


Jeffrey Morris

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