Son souffle arrive parfois jusqu’à moi pour me rassurer.

À ma Mère …

Une âme ne meurt jamais pour peu que les vivants acceptent d’en préserver la lumière.

À défaut de souligner la façon dont sa vertu l’a élevée, au-dessus des vicissitudes du temps, et bien qu’elle ait pour titre Hayé Sarah «La vie de Sarah», ce n’est pas la vie de Sarah qui est rapportée cette semaine dans la Torah, mais étonnamment sa mort. Quoi de plus désobligeant de ne pas citer un passage qui convienne si tant est qu’il puisse convenir à la première Matriache, l’épouse d’Abraham, sans laquelle il ne serait sans doute pas devenu comme on a pu le caractériser «l’inventeur de l’Histoire». Ou alors faudrait-il y voir qu’une vie ne s’anéantit pas avec le départ de ce monde. Par ce fait, effectivement c’est à ce moment précis que la véritable richesse d’un être disparu réside dans le bien qu’il a su accomplir de son vivant et dont désormais il lui est fait inoubliable mérite.

Maman ressemble à Sarah par bien des côtés. À la moralité exemplaire, d’une foi inébranlable qui lui infusait toute son énergie, elle était solidement attachée à cette identité séculaire. D’ailleurs cette « cheville ouvrière », nous a insufflé les préceptes fondamentaux nécessaires à la vie de famille comme la persévérance et l’oubli de soi. Sa judéité était imprescriptible et son amour sans expansion était toujours calme et rangé comme un devoir accompli.

Aimons nous assez ceux que nous aimons ? À l’évidence avancer en âge invite à se retourner sur soi et ouvrir nos cœurs à ses mystères ( séquence inévitable où l’avenir se raccourcit et le passé devient refuge ). Certains s’avoueront d’ailleurs que seul l’ancrage du passé paraît solide et devant ces « exercices » délicats qu’ils doivent affronter, ils retrouveront les reproches qu’ils s’adressent à eux-mêmes lorsqu’ils penseront comme moi à telle situation où ils se sont montrés, dévorés par leurs affaires, indifférents ou incompréhensifs. Ils reconnaîtront les avatars de leur propre histoire, et malheureusement dans ces cas là il n’y a pas d’impayés, on règle toujours la facture de ses inconséquences.

Ils fredonneront, peut-être alors la chanson de Moustaki aux mots si justes:

« Quand ma petite mère parlait ainsi

Je trouvais ça insupportable

Depuis que son absence m’accable

Je rêve d’entendre chaque nuit

Je sais, tu n’as plus quarante ans ans

Mais tu es toujours mon enfant

Elle était pure comme l’eau vive

Ma mère juive « .

Malgré le temps qui passe son image m’est restée inaltérable. Elle s’invite parfois au creux de mes rêves. Au cœur de cette douce et intense lumière, je la vois souriante comme jamais. Sublime de bonté, au sourire si attachant et au regard d’amour, réinventant ce monde, le rendant vertueux. Dans ces instants de flânerie imaginaire je voudrais figer le temps en un éternel présent. C’est un immense moment de bonheur.

Ce qui n’empêche pas la douleur de s’exprimer aussi. Son souffle arrive alors jusqu’à moi pour me rassurer.

FREDAL

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