Et si la crise après Covid était plus grave encore

Le 3 Janvier 2022

Trois prévisions en matière de risque politique pour l’année qui vient de commencer

Pour contourner cette vérité embarrassante, les entreprises de renom prétendent sans sourciller que leurs prévisions ont peu d’importance, comme si leur profession ne reposait pas sur la précision de leurs analyses. Contrairement à leur apparence resplendissante, les prévisions faites récemment ont été tout simplement catastrophiques. Le risque est comparable au football; le hasard intervient incontestablement dans le jeu, mais la compétence prime nettement sur l’aléatoire. Au fil du temps, les meilleures équipes finissent par remporter le championnat du monde, qu’il soit théorique ou pratique. Si la précision des prédictions de Merlin l’Enchanteur est irréprochable, la maîtrise de l’analyse des risques politiques, elle, ne l’est pas.

NEW YORK, NY – L’ancien secrétaire au Trésor Larry Summers visite FOX Business Network aux studios FOX

La crise de la Covid-19 touchera à sa fin. Il va sans dire que ce virus ne disparaîtra pas; nous devrons apprendre à nous y adapter. Mais cette crise mortelle est sur le point de s’achever. Les deux principaux facteurs présentés par les gouvernements en mars 2020, à savoir le taux de mortalité et le taux d’hospitalisation, sont déjà à la baisse.

En Angleterre, le nombre de patients hospitalisés est deux fois moins important que l’année dernière, même si le nombre d’infections a triplé. En effet, le variant Omicron se bat pour survivre — comme le veut la théorie de l’évolution de Charles Darwin— ce qui le rend bien moins mortel que les souches précédentes ; il est néanmoins bien plus contagieux et résistant aux vaccins. C’est une nouvelle plutôt réjouissante. Des souches moins agressives et plus contagieuses du virus signifient que la Covid-19 est en passe de devenir une simple variante de la grippe, au lieu de poser un problème de portée mondiale. Elle cessera donc de s’imposer comme le risque politique le plus marquant pour notre planète.

La « guerre froide » entre la Chine et les États-Unis constitue l’élément géostratégique central de l’époque actuelle. Historiquement, on s’attendait à une telle rivalité politique. Comme l’a souligné le politologue américain Graham Allison, le « piège de Thucydide » — la métaphore par laquelle le célèbre historien grec a décrit la confrontation entre Athènes et Sparte dans la Grèce antique — montre clairement que 12 fois sur 16, au cours des 500 dernières années, une guerre a éclaté lorsqu’une puissance longtemps dominante (les Etats-Unis) s’est heurtée à l’émergence d’une nouvelle puissance rivale (la Chine).

La Chine de Xi Jinping s’impose comme une grande puissance émergente, à l’instar de l’Allemagne du Kaiser dans les années 1910 et du Japon impérial dans les années 1930. Mais sa progression pour devenir une superpuissance a été freinée : cela la rend agressive et la place à un croisement de chemins stratégique. Son ascension aisée vers le statut de superpuissance s’est heurtée à une démographie effroyable (la Chine sera vieille avant de s’enrichir), à une énorme bulle immobilière ainsi qu’à un système bancaire parallèle précaire. Par ailleurs, ses voisins d’Asie sont conscients de son aventurisme qui s’étend de l’Inde à la mer de Chine méridionale. Une coalition hostile à Pékin a ainsi surgi, que ce soit à travers l’initiative quadrilatérale (regroupant l’Inde, le Japon, l’Australie et les États-Unis) ou le pacte stratégique baptisé Aukus (regroupant l’Australie, Le Royaume-Uni et les États-Unis). Taiwan constitue le point sensible à surveiller au cours des cinq prochaines années; il correspond au Berlin de cette nouvelle « guerre froide ». Le danger est à prévoir sur le moyen terme, et le voilà qui arrive à grands pas.

La bête de l’inflation endémique est lâchée. Les banques centrales excessivement optimistes ont dévié de leur objectif, ce qui a libéré la bête de l’inflation endémique qui hibernait depuis 40 ans.

La guerre froide entre les deux superpuissances, citée plus haut, a remis en question la seule chaîne d’approvisionnement mondiale centrée sur les États-Unis et la Chine. La géopolitique l’emporte désormais sur la géo-économie, pour la première fois depuis deux générations : les pays se soucient de la provenance des produits pharmaceutiques et des puces à semi-conducteurs et moins de savoir s’ils sont fabriqués de manière économiquement efficace. A mesure que les entreprises s’intéressent à la régionalisation, à la délocalisation et à la couverture de leurs productions, nous assisterons à de nombreuses alternatives économiques qui remplaceront la chaîne d’approvisionnement mondiale. Leur prix sera cependant plus élevé, ce qui alimentera l’inflation.

Qui plus est, les responsables versent de l’huile sur le feu de l’économie en dépensant sans compter — notamment l’administration Biden —. Larry Summers, secrétaire au Trésor sous la présidence de Bill Clinton, le dit clairement : la décision de Trump et de Biden de relever de 14 à 15 % les mesures de relance budgétaire alors que la capacité de l’économie est insuffisante n’est pas sans conséquences : Les taux d’inflation vont monter en flèche. En effet, le taux d’inflation aux États-Unis s’est élevé à 6,8 % en novembre. La bête de l’inflation parcourt à nouveau la terre entière.

Dr. John C. Hulsman est président et associé directeur de John C. Hulsman Enterprises, une importante société de conseil en risque politique mondial. Il est également chroniqueur principal pour City AM, le journal de la ville de Londres. Il peut être contacté via chartwellspeakers.com

Dans mon dernier livre sur le risque politique, « To Dare More Boldly : The Audacious Story of Political Risk » (Oser plus audacieusement : l’histoire insolente du risque politique), je me suis penché sur les opinions hérétiques qui sous-tendent ma profession.

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