Et les sauterelles couvrirent toute la surface du pays…

Le Cricket Sport National en Inde ou le retour de la Huitième Plaie ?

Depuis plus d’un mois, des myriades de dizaines de millions de criquets pèlerins survolent des régions de l’Inde

Après l’Afrique de l’Est, l’Afrique de l’Ouest puis la péninsule arabique, au tour de l’Asie du Sud-Ouest d’être touchée par l’invasion des criquets ravageurs. Les criquets pèlerins ont fait leur apparition en Inde, dans la moitié des 33 districts de l’Etat du Rajasthan (nord-ouest du pays). Autorités et habitants craignent une nouvelle catastrophe.

D’après les médias indiens, le pays pourrait subir sa «pire invasion» de criquets depuis 27 ans. Les insectes ont d’ores-et-déjà survolé les quartiers résidentiels de Jaipur.

S’ils sont inoffensifs pour l’homme, les criquets sont une véritable plaie pour les agriculteurs. Sur leur passage, ils dévorent feuilles, fleurs, fruits, graines, bourgeons et brisent également des branches d’arbres lorsqu’ils sont trop nombreux. «Un petit essaim de criquets pèlerins mange en moyenne autant de nourriture en une journée qu’environ 10 éléphants, 25 chameaux ou 2 500 personnes», explique «India Today».

La crainte d’une vague avant les récoltes

La reproduction printanière des criquets pèlerins se poursuit dans le sud de l’Iran et le sud-ouest du Pakistan, où des opérations de lutte sont en cours contre des groupes et des bandes larvaires, ainsi que contre un nombre croissant de groupes d’ailés

La conjugaison des deux fléaux, COVID 19 et criquets va-t-elle remettre en cause la poursuite de la trajectoire indienne, à savoir de dépasser la Chine grâce à la combinaison des croissances économique et démographique. Selon le FMI, l’Inde contribue déjà à la croissance mondiale à concurrence de 15 %. L’Inde est la 7 éme puissance économique mondiale ; elle est en passe de devenir, d’ici 2030, la 3ème puissance économique mondiale, le grand acteur mondial. Le gouvernement Narendra MODI table sur des baisses d’impôt pour relancer la croissance économique estimée aujourd’hui à 5 %, le plus faible taux depuis la crise financière de 2008 et inférieur aux 8 % des dernières années, pourcentage indispensable pour contenir l’augmentation du chômage et l’absorption de l’exode rural. Cette invasion de criquets pèlerins est peut-être en train de se répandre à la surface de la terre à l’image de la pandémie du COVID 19. Cela fait plusieurs mois que l’agence des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, acronyme du titre en anglais, Food and alimentation organization) a fait de la lutte acridienne une de ses priorités ; un dixième de la population mondiale peut être impacté par l’invasion. Cette organisation, au siège social basé Rome, et son service mondial d’information sur le criquet pèlerin (DLIS), suit ces insectes 24 h / jour et 7 / 7.

Le criquet pèlerin est considéré comme étant le ravageur le plus destructeur au Monde ; il est habituellement plus familier de l’Afrique de l’Est et y sévit depuis la fin de l’année. Un nouveau fléau frappe l’Afrique. Plusieurs pays sont touchés : Éthiopie, Érythrée, Kenya, Somalie, Ouganda, Tanzanie. Au XXème siècle, six invasions ont été enregistrées ; la dernière remonte à 2004-2005. La dernière invasion remonte à 70 ans au Kenya, à 25 ans enÉthiopie et Somalie ; l’urgence nationale a été décrétée dans ces deux derniers pays

Les essaims peuvent atteindre des tailles gigantesques. L’actuelle invasion est d’une importance inégalée avec plusieurs milliards d’insectes ; un seul des essaims couvrirait 2 400 km², la taille du Luxembourg. Ce qui signifie qu’il pouvait contenir jusqu’à 200 milliards de criquets.

En consommant 2 grammes par jour, l’équivalent de son poids, la prédation quotidienne porte sur 400 000 tonnes par jour ; 1 km² de ravageurs consomme les besoins de 35 000 personnes. Pour les scientifiques, la prolifération des ravageurs a pour origine de fortes variations climatologiques, des alternances de sécheresse et de fortes précipitations, attribuées au « dipôle de l’Océan indien » ; mais, comme pour le COVID 19, il n’y a pas unanimité entre « les sachants ». Il est à craindre l’extension géographique de l’invasion vers l’ouest du sub-continent, et plus particulièrement vers la bande sahélo-soudanaise avec l’arrivée de la saison des pluies en juin-juillet, le moment idéal pour les semis. Cela risque de compromettre toute une récolte.

La FAO estime qu’en l’absence de réaction coordonnée, le nombre de ces insectes voraces pourraient être multipliés par 500 d’ici fin juin. Ce fléau va aggraver la faim et la malnutrition dans une région déjà marquée par la présence de plus des dizaines de millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire Le fléau ravage les cultures vivrières et fourragères ; des milliers d’hectares ont d’ores et déjà été détruits réduisant à la famine des milliers de familles, et ce n’est pas fini.

Il en résultera une augmentation des prix agricoles et accentuera la crise alimentaire. Mais les conséquences peuvent être plus importantes. Par exemple, en Éthiopie, le fléau entraine un triple coût, celui habituel lié à ses effets traditionnels. Mais cela va contrarier, voire remettre en cause le vaste plan dereboisement engagé par le gouvernement à l’été 2019 ; la famine va accompagner un désastre écologique. Ce fléau démontre une nouvelle fois l’exigence d’une gouvernance mondiale. Comme le virus, le ravageur ne s’arrête pas aux frontières, traverse les mers et océans.

«Avec le dessèchement de la végétation, davantage de groupes et d’essaims se formeront et, à partir de ces zones, se déplaceront vers les zones de reproduction estivale le long des deux côtés de la frontière indo-pakistanaise, en plusieurs vagues jusqu’à début juillet au moins», affirme l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Une réponse internationale s’impose ! Et pourtant l’enjeu n’est pas insurmontable. La FAO estime avoir besoin d’environ 80 M$, mais n’en disposerait que 20. Elle a déjà accordé aux gouvernements concernés 10 M$ pour l’achat d’avions ou véhicules d’épandage de pesticides, censés ne pas avoir d’effets environnementaux …

J.J. A

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